18/01/2016
Auteurs romantiques

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A la rencontre du romantisme

Ouvrage incontournable : Chateaubriand, Folio classique Atala 90 pages, René, 41 pages et les aventures du dernier Abencerage, 56 pages, 2 heures de lecture.
Référence : La poésie des romantiques de Bernard Vargaftig Librio, 1,52 €


La naissance du romantisme français.

Le romantisme est un courant artistique (littérature, musique, peinture) d'Europe occidentale apparu au cours du XVIIIème siècle en Grande-Bretagne et en Allemagne, puis au XIXème siècle en France, en Italie et en Espagne. Il se développe en France sous la Restauration (1814-1830) et la monarchie de Juillet (1830-1848), en réaction contre le classicisme jugé trop rigide et le rationalisme et l'anticléricalisme de la philosophie des lumières du XVIIIème siècle qui a débouché sur la révolution française de 1789.

Plusieurs définitions.
Le romantisme est avant tout plusieurs choses, une période de l'histoire littéraire, le début du XIXème siècle (1814-1848), une révolte contre l'ordre établi, les classiques, une insolence, une exaltation, un désir d'émancipation, une place importante aux sentiments, sentiments de soi, de la nature, une flamme de jeunesse. Le romantisme a exalté en nous et jusqu'à aujourd'hui des sentiments parfois contradictoires. Le terme de romantisme désigne donc à la fois une période de l'histoire littéraire mais également un certain nombre de caractères qui continuent à faire la sensibilité de chacun d'entre nous comme par exemple le sentiment de notre individualité, notre sentiment sur la nature, sur notre désir d'émancipation.

Contre le classicisme copié sur les modèles antiques gréco-romains.
La littérature classique née au XVIème est une imitation des littératures anciennes de l'antiquité. Elle atteint son apogée au XVIIIème siècle et rayonne dans le monde. Formée sur les modèles antiques, croyant avoir atteint la perfection, la littérature classique ne s'est pas adaptée. Or l'immobilité répugne à la nature humaine. Les romantiques vont alors s'opposer aux classiques. Stendhal écrit ainsi : «Le romanticisme est l'art de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de plaisir possible. Le classicisme, au contraire, leur présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir à leurs arrière-grands-pères.» (Racine et Shakespeare, 1823).
"Je suis le premier qui ait fait descendre la poésie du Parnasse, et qui ait donné à ce qu'on nommait la Muse, au lieu d'une lyre à sept cordes de convention, les fibres mêmes du coeur de L'homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l'âme et de la nature" écrira à postériori Lamartine
« Le classicisme, c'est la santé; le romantisme, c'est la maladie », écrivait le romantique allemand Goethe.
L'insolence de la révolte contre l'ordre établi rigide.
C'est Gavroche, le héros des misérables qui incarne cette insolence. "Une deuxième balle fit étinceler le pavé près de lui. Une troisième renversa son panier. Gavroche regarda et vit que cela venait de la banlieue. "Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'oeil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta...". C'est le portrait du romantique, la jeunesse, la fierté, l'héroïsme, la solitude, l'orgueil, l'insolence. C'est l'image de Chateaubriand, les cheveux au vent, droit, face aux dangers.

Une génération jeune et ardente, pâle et nerveuse.
Le romantisme est généralement le fait de jeunes gens nobles, cléricaux, qui par leurs origines et leurs idées, s'opposent à la révolution de 1789 et aux idées de la philosophie des lumières. Leur aîné Chateaubriand fera des larmes, de la solitude des exils, du temps qui fuit, du désir, du vent et des orages, le symbole de cette génération.

Le vent, l'image du bouleversement du monde, mais aussi de la liberté.
Chez tous les romantiques il y a toujours du vent et qui souffle généralement du nord. Ce nord c'est l'Angleterre avec la révolution industrielle de 1830 et les bouleversements qu'elle entraine. Ce sont aussi les bouleversements idéologiques de la Révolution et de l'Empire. Les bouleversements du monde vont entraîner un bouleversement des consciences. Le romantisme incarne la liberté, c’est « le libéralisme en littérature », il s'agit de se libérer des contraintes en cherchant l’évasion dans le rêve, dans l’exotisme. Développant un goût pour le mystère, le fantastique, il prône l'expression de la sensibilité, le culte du moi. Les imitations des anciens est abandonnée « je n’imitais plus personne, je m’exprimais moi-même pour moi-même » écrit Lamartine. Le romantisme se veut comme le vent, libre, détaché de toute contrainte économique ou sociale, et comme le vent il peut être léger ou souffler en bourrasque, en ouragan, en cyclones. Le romantique est un explorateur à la recherche des terres inconnues, de sensations nouvelles, c'est René exilé dans la tribu des Natchez.

Le romantisme un souffle nouveau en réaction aux lumières, à la montée de la raison.
Le romantisme est à l'image d'un souffle, une aspiration à la vérité, à la profondeur de l'être. Enigmatique, le héros romantique est porté vers l'avenir, il s'inscrit dans le temps, le prend en compte autant que son environnement, la foule. Le romantique est un être de désirs. Il aime, il souffre, il est seul. Le romantique à l'opposé du classique ne peut maîtriser des sentiments par la raison.
Une pensée contre-révolutionnaire puis libérale.
La raison a perdu la monarchie et la noblesse et la philosophie des lumières a sapé les traditions, ruiné l'autorité de l'église. En réaction, les romantiques, contre-révolutionnaires vont exalter la foi, les sentiments. Le "Génie du christianisme" s'inscrit dans cette pensée contre-révolutionnaire. Pourtant c'est Victor Hugo qui écrit "Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire ! Plus de mots sénateurs, plus de mots roturiers ! Je fis une tempête au fond de l'encrier". Victor Hugo fait référence au bonnet phrygien des révolutionnaires de 1789. Le romantisme marque un retour vers les grandes sources d'émotion, la religion du cœur, et la sympathie pour tout ce qui est sincère et profond.

Une hostilité au progrès industriel, aux lumières et à ses conséquences politiques et sociales, la révolution de 1789.
Le début du XIXème siècle est celui du progrès technique et industriel avec l'éclairage public en 1826 et l'apparition des grandes découvertes, le microscope, l'électromagnétisme. A partir de 1830, avec la monarchie de juillet, c'est le règne des banquiers, le triomphe des bourgeois qui ne songent qu'à l'argent. Il en résulte un divorce entre les écrivains et la société qu'ils ne pouvaient changer. Que reste-t-il à l'artiste ? son art et son art seulement. Le romantisme va devenir un esprit d'examen uni à une imagination débordante pour comprendre la beauté d'un passé que l'on a détruit. C'est une foi nouvelle composée de critiques et d'enthousiasmes, une réaction énergique des sentiments et de l'intelligence contre la rigidité, la froideur du raisonnement et de l'abstraction et la cupidité d'une société qui ne songe qu'à l'argent, à ce qui rapporte plus qu'à ce qui est utile et profitable. Le romantisme s'oppose en tous points au siècle de Voltaire, à l'idéologie des philosophes, à leur foi dans le progrès des sciences, à leur croyance en un bonheur possible sur terre.

Le développement de la presse et de l'instruction publique favorise la diffusion du romantisme et des romans.
En 1813 on ne recence qu'à peine 1 million d'élèves. En 1831, la loi Guizot institue l'enseignement primaire public et en 1836 l'enseignement est ouvert aux filles. La population scolaire va passer de 1 à 4 millions en 10 ans de 1837 à 1847. Cette augmentation de l'instruction jumelée avec la liberté retrouvée des journalistes, des critiques, favorise la diffusion ders idées des romantiques. Innombrables sont les écrivains qui se lancent dans l'écriture des romans qui ont la faveur du public. Cette totale liberté d'expression fait que très vite, le roman a exploré toutes les dimensions de l'expérience humaine et explosé en une multitude de catégories, romans de voyage, de moeurs, sentimentaux, à thèmes (Hugo, Balzac, Sand, Dumas, Stendhal).

Chacun est son seul maître.
Chacun de nous est son seul maître. L'artiste et le poète ont non seulement le droit, mais le devoir d'être eux-mêmes, et non pas seulement les metteurs en œuvre de certaines formules et de certains procédés. Ils n'ont à reconnaître d'autre autorité que celle de leur caprice ou de leur fantaisie. Et si l'on a pu dire que le romantisme avait pris en tout le contre-pied du classicisme, c'est que l'on a souvent cru que le classicisme avait fait de l'impersonnalité de l'œuvre une des conditions de sa perfection.

Les romantiques sont ceux qui rêvent.
Il suffit de regarder le tableau du jeune Bonaparte au pont d'Arcole, de "La liberté guidant le peuple" de Delacroix, des photos du vieil Hugo sur son rocher à Guernesey pour comprendre que les romantiques rêvent d'émancipation sociale et individuelle, rêvent d'amour dans la dignité face à une réalité de guerre, de crise économique, de maladie, de mort ou simplement de l'indifférence des autres qui viennent briser leurs rêves.

Comparaison entre le romantisme et les idées de la philosophie des Lumières.
Valeurs et thèmes de la philosophie des lumières du XVIIIème siècle.

L'homme est un être de raison, laquelle doit dominer ses passions. Les Lumières de la raison s'opposent à l'obscurantisme, à la religion. Intérêt pour l'ordre social, la loi pour organiser la société, l'esprit des lois. L'histoire va dans le bons sens, vers le progrès. Le développement des sciences et des techniques va de pair. Le bonheur est possible. Le philosophe voyage vers les pays éclairés, Angleterre, Hollande. Les modèles sont les philosophes, les savants, les marchands, les travailleurs.

Valeurs et thèmes du romantisme, 1814-1848.
L'homme est un être de sentiments, hanté par une insatisfaction, une mélancolie, l'ennui, la nuit, la maladie, les ténèbres, la mort.On retrouve ces caractéristiques dans le personnage de "René" de Chateaubriand, mal dans sa peau, qui se met à voyager pour meubler sa solitude, à la recherche d'une identité qu'il ne trouve pas.
Il a confiance dans la religion (Amélie, soeur de Chateaubriand entre au couvent), dans la poésie, les mythes (Nerval), les forces occultes, les rites, le fantastique, c'est un contemplatif de la nature, des tempêtes, des clairs de lune. Le romantique s'intéresse à lui-même, fait l'éloge des marginaux, de la vie à l'écart de la société. Il remet en cause le progrès, le sens du devenir et pense que le temps est destructeur. Il redécouvre le moyen-âge, le gothique, le goût des ruines. C'est un pessimiste, un désenchanté. Son bonheur est ailleurs, dans le passé généralement. Il aime voyager mais vers le sud, vers l'Orient, l'enfance du monde, vers les paradis perdus.
Les modèles sont Orphée, Caïn, Satan, Prométhée, Napoléon.
Les plus belles phrases des romantiques
"Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds
"
Lamartine, L'Isolement
"Eva, qui donc es-tu ? Sais-tu bien ta nature ?
Sais-tu quel est ici ton but et ton devoir ?

Vigny, La maison du berger, lettre à Eva
"J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles.
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles.

Victor Hugo, Extase
"Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes.
Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes..."

Victor Hugo, Tristesse d'Olympio
"Ce beau temps me pèse et m'ennuie."
Gérard de Nerval, Avril, Les petits châteaux de Bohème.
"Mais quand l'homme change sans cesse,
Au passé pourquoi rien changer ?"

Alfred de Musset, Premières poésies.
"Ô Muse ! que m'importe ou la mort ou la vie ?
J'aime et je veux pâlir ; j'aime et je veux souffrir ;"
Musset, La nuit d'août, Poésies nouvelles.
Conclusion : c'est de nous-mêmes qu'il s'agit
Les vers des grands auteurs romantiques (Chateaubriand, Hugo, Musset, Lamartine, Nerval, Sand) ont contribué à nous rendre plus attentifs à notre relation avec le monde et les choses, la nature (Sand). Ils nous ont appris à écouter ce que nous croyons muet, un sentiment enfoui, un arbre dans notre rue. Les vers des romantiques parlent d'une autre époque, il y a 150 ans, mais ils nous parlent de nous-mêmes. Ils nous disent qu'il faut écouter ce que nous disons de nous comme ce que nous disons en nous.

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