18/01/2016
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VICTOR HUGO : Ruy Blas (1838)

Thèmes
Drame d'amouren 5 actes dont le héros est un laquais et l'héroine, une reine. L'action comme celle d'Hernani se déroule en Espagne. Ce drame lui aurait été inspiré des confessions de J.J Rousseau quand il raconte comment laquais chez Mme de Gouvon, il parvint malgré la modestie de sa mise à se faire remarquer par la petite fille de son maître la hautaine Mlle du Breil.

Résumé
Acte I Un plan machiavélique. Don Salluste de Bazan, disgracié par la reine d'Espagne, dona Maria de Neubourg médite une vengeance. Son cousin Don César refuse d'entrer dans ses vues. Don Salluste prend des mesures pour son arrestation, puis il donne ordre à son valet, Ruy Blas de plaire à la reine sous le nom de César.
Acte II Une reine minée par l'ennui. Dona Maria, délaissée par son époux et tyrannisée par l'étiquette s'ennuie. Elle rêve à l'inconnu qui au péril de sa vie a déposé une lettre et des fleurs sur le mur de son parc. Un envoyé apporte un billet du roi, c'est le faux don César et la reine reconnait en lui l'auteur de la lettre.
Acte III Un laquais premier ministre. Grâce à sa claivoyance, à son énergie, et à la protection de la reine, Ruy Blas sous sa personnalité empruntée est devenu premier ministre. Intègre, il veut sauver le royaume, amoureux, il veut sauver la reine. Il apostrophe les conseillers qui ruinent l'espagne. La reine lui avoue son amour.
Acte IV Une demeure mystérieuse. Dans une maison secrète où Don Salluste veut attirer la reine pour la compromettre, un homme dégringole de la cheminée, c'est le vrai don césar qui s'installe, boit mange et fait face aux quiproquos. Don Salluste l'arrête.
Acte V Le chatiment du traître
La reine attirée dans la demeure tombe dans un guet appens. Eles est surprise avec le faux don césar. Don Salluste lui demande de signer son abdication et lui révèle que Don César n'est autre que son valet. Révolté Ruy Blas tue le misérable, s'empoisonne et meurt dans les bras de la reine qui pardonne.

Le texte complet des 5 actes : Académie de Caen

Extraits
Début du 1er acte
DON SALLUSTE.
Ruy Blas, fermez la porte, – ouvrez cette fenêtre.
              Ruy Blas obéit, puis, sur un signe de don Salluste, 
il sort par la porte du fond. Don Salluste va à la fenêtre.
Ils dorment encor tous ici, – le jour va naître.
              Il se tourne brusquement vers Gudiel.
Ah ! C'est un coup de foudre ! ... – oui, mon règne est passé,
Gudiel ! – renvoyé, disgracié, chassé ! – 
Ah ! Tout perdre en un jour ! – l'aventure est secrète
Encor, n'en parle pas. – oui, pour une amourette,
– Chose, à mon âge, sotte et folle, j'en convien ! – 
Avec une suivante, une fille de rien !
Séduite, beau malheur ! Parce que la donzelle
10 - Est à la reine, et vient de Neubourg avec elle,
Que cette créature a pleuré contre moi,
Et traîné son enfant dans les chambres du roi ;
Ordre de l'épouser. Je refuse. On m'exile.
On m'exile ! Et vingt ans d'un labeur difficile,
Vingt ans d'ambition, de travaux nuit et jour ;
Le président haï des alcades de cour,
Dont nul ne prononçait le nom sans épouvante ;
Le chef de la maison de Bazan, qui s'en vante ;
Mon crédit, mon pouvoir ; tout ce que je rêvais,
20 - Tout ce que je faisais et tout ce que j'avais,
Charge, emplois, honneurs, tout en un instant s'écroule
Au milieu des éclats de rire de la foule !
Gudiel.
Nul ne le sait encor, monseigneur.
Don Salluste.
                            Mais demain !
Demain, on le saura ! – nous serons en chemin.
Je ne veux pas tomber, non, je veux disparaître !
              Il déboutonne violemment son pourpoint.
– Tu m'agrafes toujours comme on agrafe un prêtre,
Tu serres mon pourpoint, et j'étouffe, mon cher ! – 
              Il s'assied.
Oh ! Mais je vais construire, et sans en avoir l'air,
Une sape profonde, obscure et souterraine !
30 – Chassé ! – 
              Il se lève.
Gudiel.
              D'où vient le coup, monseigneur ?
Don Salluste.
                                          De la reine.
Oh ! Je me vengerai, Gudiel ! Tu m'entends.
Toi dont je suis l'élève, et qui depuis vingt ans
M'as aidé, m'as servi dans les choses passées,
Tu sais bien jusqu'où vont dans l'ombre mes pensées,
Comme un bon architecte, au coup d'oeil exercé,
Connaît la profondeur du puits qu'il a creusé.
Je pars. Je vais aller à Finlas, en Castille,
Dans mes états, – et là, songer ! – pour une fille !
– Toi, règle le départ, car nous sommes pressés.
40 -Moi, je vais dire un mot au drôle que tu sais.
À tout hasard. Peut-il me servir ? Je l'ignore.
Ici jusqu'à ce soir je suis le maître encore.
Je me vengerai, va ! Comment ? Je ne sais pas ;
Mais je veux que ce soit effrayant ! – de ce pas
Va faire nos apprêts, et hâte-toi. – silence !
Tu pars avec moi. Va.
              Gudiel salue et sort. .
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